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Rubrique spectacle danse indienneL’étrangeté résolue de la jeune chorégraphe indienne Padmini Chettur, sa recherche minimaliste en dehors de tous les airs du temps, font son attrait. Bien plantée sur un territoire peu fréquenté, elle affirme un geste contemporain si épuré, sans pour autant être formel, qu’il suscite une curiosité étonnée. Passée par une formation approfondie de bharata natyam, style traditionnel indien, dont elle apprécie peu le décorum et la séduction inhérents au genre, elle s’attache à en évacuer les marques pour retrouver un geste personnel en prise avec elle-même. Padmini Chettur présente du 24 au 27 octobre 2006, sa chorégraphie Paperdoll au Théâtre de la Ville-Les Abbesses...

padmini_chettur_2.jpgL’étrangeté résolue de la jeune chorégraphe indienne Padmini Chettur, sa recherche minimaliste en dehors de tous les airs du temps, font son attrait. Bien plantée sur un territoire peu fréquenté, elle affirme un geste contemporain si épuré, sans pour autant être formel, qu’il suscite une curiosité étonnée. Passée par une formation approfondie de bharata natyam, style traditionnel indien, dont elle apprécie peu le décorum et la séduction inhérents au genre, elle s’attache à en évacuer les marques pour retrouver un geste personnel en prise avec elle-même.

Après avoir dansé dans la compagnie de la chorégraphe contemporaine indienne Chandralekha, Padmini Chettur conçoit 3 solos*, exercices de perception de soi et des sensations sans cesse nouvelles de son être, qui s’offrent comme les premières étapes spectaculaires abouties de dix ans de labeur. Avec Paperdoll, pièce de groupe, Padmini Chettur, qui a commencé les répétitions de ce spectacle en 2002, a travaillé sur les chaînes de petits bonshommes en papier que l’on découpe enfants. À la fois identiques et pourtant jamais tout à fait les mêmes, ces figurines aux formes un peu brutes ont dégagé la voie à une échappée chorégraphique articulée autour de mouvements simples. De dos, les cinq interprètes lèvent un bras, cassent les coudes, glissent en fente. Ce système s’intensifie jusqu’à composer une frise paradoxalement charnelle et abstraite dont la géométrie laisse affleurer une fine sensualité.

"plus que minimaliste, mon travail est paisible"

Son sens et sa beauté dans cette juxtaposition de singularités
Son intransigeance force l’intérêt. Tant d’obstination à rester campée dans une posture difficile suscite une curiosité immédiate envers celle qui semble y trouver son évidence. Pourtant ce qu’on pourrait qualifier d’ascèse gestuelle chez la danseuse et chorégraphe indienne Padmini Chettur reste toujours empreint d’une sensualité discrète mais lisible. Derrière un propos artistique contenu, la vibration intérieure du mouvement se laisse percevoir, fines ondes lancées vers l’extérieur par des corps-antennes chargés à bloc. Pour son deuxième passage au Théâtre de la Ville-Les Abbesses, Padmini Chettur présente une pièce de groupe Paper Doll qui marque un cap en comparaison de "3 solos" présentés en 2003. Inspirée par les guirlandes de petits bonhommes en papier que l’on découpe enfant, ce spectacle pose cinq danseurs côte à côte comme autant de personnages semblables et pourtant différents. À partir de ces figurines, aux lignes brutales et naïves, Padmini Chettur a décortiqué une frise de mouvements simples qui se répètent et s’intensifient lentement. Dans cette conduite collective d’une chaîne chorégraphique et humaine, il s’agit de mettre en avant la solitude de l’individu au sein du groupe qui trouve son sens et sa beauté dans cette juxtaposition de singularités. De cette ronde de papier devenue chair et mouvement, Padmini Chettur aime souligner la multiplicité de significations qu’elle a développée au cours des répétitions. "J’ai été très obsédée par le fait que tout geste est sans signification alors que précisément les danseurs s’acharnent à donner un sens. Du coup, j’ai décidé d’assumer ce "manque" et de considérer le mouvement comme un ensemble de notes de musique avec des arrangements dans l’espace, des définitions de tensions et de relations, et dans un certain sens suggérer du sens. Le processus a nécessité trois ans de travail."

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Une écoute de soi et de l’autre d’une grande acuité
Le résultat se lit, selon Padmini Chettur, en termes d’abstraction spatiale, système de "lignes invisibles, douces, élastiques, avec des rondeurs, des angles, des fêlures, des jointures". Paper Dollexige de chaque danseur une écoute de soi et de l’autre d’une grande acuité. Pour cultiver cette saveur particulière, Padmini Chettur a choisi de travailler avec des interprètes issus du bharata natyam, danse traditionnelle indienne dans laquelle elle a été originellement formée. "J’avais besoin qu’ils entretiennent une relation spécifique avec le détail et la précision, poursuit-t-elle. Lorsque nous avons commencé à répéter, ils ont dû traverser un long processus "d’oubli" des techniques qu’ils avaient apprises pour remplacer une manière de "penser" la danse par une compréhension des mécanismes du corps."

Une œuvre à venir sans ressemblance avec aucune autre
tdlv_logo.jpgCe patient travail d’oubli, de gommage, Padmini Chettur l’a elle aussi vécu. Insolent parcours que celui de cette artiste contemporaine dont l’art et la technique résultent d’années d’apprentissage du bharata natyam, style indien fameux, repérable à ses ornementations, ses précisions rythmiques, sa séduction codifiée. Soucieuse d’élargir son potentiel, elle se frotte à l’enseignement d’Elisabeth Petit, également interprète de bharata natyam, puis participe à des ateliers avec Dominique Dupuy et Antonio Carallo, danseur chez Pina Bausch, dans le cadre du Centre national de danse d’Angers. Ces expériences contrastées, parallèlement à sa collaboration en tant que danseuse avec la chorégraphe indienne Chandralekha (jusqu’en 2001), lui permettent de déployer un mode d’emploi personnel, clef d’une œuvre à venir sans ressemblance avec aucune autre. "Au risque d’être sentimentale, et bien au-delà d’un savoir-faire, j’ai surtout appris auprès de Chandralehka le sens de ma colonne vertébrale, de ma féminité, de ce que signifient dignité et politique au sens fort. Energiser l’espace, visualiser le temps. Ne pas stagner. Tout çà est danse.»

Attirée par le minimalisme ou repoussée par l’excès et l’opulence
Lestée par cette leçon de vie et d’art, Padmini Chettur a su négocier le passage périlleux d’une danse aussi stylisée que le bharata natyam à un mouvement organique proche d’un certain minimalisme. Lentement mais sûrement depuis la création de son premier solo en 1999, elle affirme une signature personnelle. "En tant que jeune étudiante de bharata natyam, j’avais toujours des difficultés avec son esthétique, son apparat. Je ne sais pas si je suis attirée par le minimalisme ou repoussée par l’excès et l’opulence. L’Inde est un pays très complexe. J’ai grandi dans un contexte où le bharata natyam, mais aussi le peintre John Rothko, le compositeur John Cage, les films de Bollywood, font partie du même paysage. Après, chaque artiste fait des choix qui vont au-delà de la réaction à un état de fait. Plus que minimaliste, je dirai que mon travail est paisible."

chorégraphie Padmini Chettur
musique Maarten Visser
décors Sumant Jayakrishnan
avec Krishna Devanandan, Preethi Athreya, Ashwini Bhat, Anoushka Kurien, Padmini Chettur
coproduction Springdance, Utrecht – KunstenFESTIVALdesArts, Bruxelles – SW & G, Berlin – Grand Theatre, Groningen

Dates et Heure
du 24 au 27 Octobre à 20h30

Lieu
Théâtre de la Ville Les Abbesses
31 rue des Abbesses
75018 Paris
www.theatredelaville-paris.com

Tarif
Normal 17.5 €
Réduit 12 €